Indépendance catalane, banques catalanes et montée du pragmatisme

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Un certain nombre de nos clients nous interrogent sur la sécession catalane et souhaitent savoir si la continuité des services bancaires à Barcelone est assurée.

Essayons d’apporter des réponses à ces questions et de donner également un peu de perspective économique à ces évènements.

La continuité bancaire

Au jour d’aujourd’hui, nous constatons que des entreprises se préparent, d’autres s’en vont et pourraient acculer les indépendantistes à voir la réalité économique et monétaire. Les banques catalanes comme par exemple le Banco de Sabadell et Caixabank ne semblent pas rentrer dans les considérations de cette cause indépendantiste émotionnelle et manipulée notamment par les medias publics catalans (TV3) et l’école catalane. Souhaitent un cadre juridique assurant un environnement monétaire stable, elles ont donc élaboré des plans de secours qui consistent à transférer leur siège hors de Catalogne afin de rester dans la zone Euro. Le transfert de domicile social dans une autre communauté autonome assure la continuité des services bancaires et les clients conservent leur IBAN, internet et cartes bancaires.

Il est confirmé que Banco de Sabadell a transféré le sien sur la communauté valencienne à Alicante où il occupe les locaux spacieux de la CAM, la Caisse d’Épargne de la Mediterranée acquise par la première en 2012. Et Caixabank ventile ses diverses sociétés et fondation aux Baléares, à Palma de Majorque, Valencia et Madrid. Ces transferts seraient temporaires jusqu’à résolution de la crise.

Le cours des actions de ces banques a baissé suite au référendum du 01/10/2017. Leurs conseils d’administration ont dû envoyer un message fort et rassurant aux actionnaires, dont un certain % est non résident.

Dans le cas du Banco de Sabadell, l’annonce du transfert de son siège a rassuré immédiatemment ses investisseurs étrangers.

Nous pouvons donc affirmer raisonnablement que la continuité bancaire est assurée et que ne seront pas affectés les usagers de ces banques. Un cadre du Sabadell consulté par nos soins, affirment que ces transferts n’auront pas d’effet négatif sur l’emploi dans le secteur bancaire.

La fuite des autres entreprises catalanes

Le nombre de créations d’entreprise a chuté de 24% depuis le référendum du 01/10/2017 tandis qu’elles augmentent de 14% à Madrid.

700 sociétés ont déjà transféré leurs sièges avec des conséquences évidentes de court terme sur l’emploi, le PIB catalan et la fiscalité locale comme nous allons le voir ci-dessous.

Signalons qu’en cas d’indépendance, ces entreprises devront relocaliser logiquement en Catalogne un siège pour pouvoir y opérer, comme si ces entreprises espagnoles s’internationalisaient dans un autre pays. Un argument sur lequel comptent beaucoup les indépendantistes.

L’impact sur les assiettes fiscales municipales et de la Generalitat

Voici où le bat blesse. Le transfert des domiciles sociaux impacte négativement les assiettes fiscales de la communauté autonome et des municipalités. Evènement peut être symptomatique, la maire de Barcelone, Ada Colau, a pris officiellement une position qui invite au dialogue, et à un dialogue constructif. Sa ville a en effet beaucoup à perdre si ces 2 banques centenaires du top 5 espagnol s’en allaient définitivement. Le budget de la communauté catalane s’en verrait aussi légèrement imputé mais dans une moindre mesure.

Le courant unioniste

Enfin une partie des catalans n’est pas en faveur de cette indépendance. Un certain nombre d’entre eux s’est uni au sein d’une association appelée Societat Civil Catalana qui a vu le jour en avril 2014. On y retrouve plusieurs forces politiques constitutionnalistes de gauche, du centre et de la droite opposées au nationalisme catalan : PSOE, Ciudadanos et PP. C’est dans le cadre de leur campagne #RecuperemElSeny (Récupérons le bon sens, la sagesse) que l’association a organisé une manifestation à Barcelone le 8/10/2018 qui fut un franc succès. Cohabitèrent drapeaux espagnols, catalans et européens.

Des discours ont été prononcés en outre dans plusieurs langues européennes dont en français comme nous le voyons sur cette vidéo.

Le nombre de participants est difficile à évaluer, selon les organisateurs, il y en aurait eu 930.000 et 350.000 selon les forces de l’ordre.

CNN couvrant la manifestation du 8/10/2017

Nous vous proposons ici une video de CNN pour nous rendre compte de l’évènement (en anglais).

Et pour une pluralité de points de vue un article de libération et de l’Express : Article de Libération,
Article de l’Express.

Quelques jours après, le 12 octobre 2017 s’ensuivit une deuxième mobilisation le jour de l’hispanité de moindre importance.

L’association a reçu le Prix du Citoyen européen 2014 remis par le Parlement Européen.

Nous voyons donc que cette majorité silencieuse sort peu à peu de l’ombre et envoie un message fort pour l’unité de cette mosaïque culturelle qu’est l’Espagne. Ces catalans se sentent donc catalans et espagnols.

Le bouton nucléaire du gouvernement espagnol : l’article 155 de la constitution

L’article 155 prévoit que :

1. Si une communauté autonome ne remplit pas les obligations que la Constitution et la loi lui imposent ou si elle agit d’une façon qui nuit gravement à l’intérêt général de l’Espagne, le gouvernement, après une mise en demeure au président de la communauté autonome et, dans le cas où il n’en serait pas tenu compte, avec l’accord de la majorité absolue du Sénat, peut prendre les mesures nécessaires pour obliger cette commuauté à l’exécution forcée de ses obligations ou pour protéger l’intérêt général mentionné.

2. Pour l’exécution des mesures envisagées au paragraphe précédent, le gouvernement peut donner des instructions à toutes les autorités des communautés autonomes.

Rajoy a clairement affirmé qu’il appliquerait les dispositions de cet article si Puigdement, le président du gouvernement catalan, ne fait pas machine arrière en ne convoquant pas d’assemblée constituante. La conséquence serait la mise en tutelle de la Catalogne par Madrid. Pour cela, il lui faudra la majorité des votes au Sénat, chose qui n’est pas improbable vu que le Parti Populaire possède 148 des 266 sièges du Sénat. La balle est maintenant dans le camp du président de la Generalitat qui se prononcera cette semaine au sujet de s’il déclare définitivement l’indépendance.

Nous voyons que le processus indépendantiste, le « Procés« , comme il est dénommé ici, n’a pas toutes les chances d’aboutir. A cela ajoutons que la possible sortie immédiate de la Zone Euro clairement affirmée en 2004 par Romano Prodi en cas de sécession d’un état en Europe :

« Une région nouvellement indépendante deviendrait, du fait de son indépendance, un pays tiers par rapport à l’Union et tous les traités ne s’appliqueraient plus à son territoire dès le premier jour de son indépendance », avait affirmé Romano Prodi en 2004. En cas de finalisation du Procés, la Catalogne devra en effet se porter candidate pour redevenir membre. »

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